Les Causses

Dans une zone d’affaissement du Massif Central située entre l’Aubrac au nord, le Rouergue à l’ouest et les Cévennes à l’est, les mers jurassiques ont recouvert la plus grande partie du socle ancien pénéplanisé de couches importantes (supérieures à 1000 mètres) formées surtout de calcaires marneux ou massifs. Au début de l’ère tertiaire les forces qui agissent sur l’écorce terrestre provoquent un formidable plissement qui fait surgir les chaînes pyrénéenne et alpine. Par contrecoup, le Massif Central trop rigide est fortement ébranlé sur ses bordures orientale et méridionale. Coincée dans les terrains anciens, la carapace des causses se soulève puis se brise en blocs séparés par des lignes de failles.

A la faveur de ces failles qui sillonnent le plateau, des cours d’eaux modestes certes, mais bien alimentés puisque issus des régions cristallines voisines très arrosées creusent des tranchées gigantesques : les canyons. En dehors de ces rivières, les plateaux sont dépourvus de toute circulation d’eau superficielle : la sécheresse du sol est due à la nature calcaire de la roche-mère qui absorbe comme une éponge les eaux de pluie. Ils sont le siège d’intenses phénomènes karstiques : avens, dolines, ouvalas, poljés, résurgences, pertes…
A l’aridité superficielle s’oppose donc une intense activité des eaux souterraines.

L’abaissement de l’escarpement périphérique entre le Massif de l’Aigoual et les monts de Lacaune permet aux influences méditerranéennes de pénétrer, surtout par les canyons, dans le Massif Central.
Les Grands Causses sont donc soumis partiellement au climat méditerranéen : on y retrouve les fortes précipitations automnales, le déficit d’été mais avec cependant une atténuation progressive du sud au nord. Ce sont surtout les vallons qui jouissent encore des températures douces : fortes chaleurs estivales, pas de grands froids hivernaux, mais cependant des gelées fréquentes.
Par contre les plateaux subissent un climat rude aux étés secs et brûlants, aux hivers rigoureux. Toutefois l’hiver commence un peu plus tard que dans les Cévennes : leurs sols calcaires se refroidissent moins vite que les masses cristallines avoisinantes. L’ennei­gement y est considérable et long, les vents violents, glacé du nord et humide du sud-est et de l’ouest, balaient sans cesse ces étendues sans obstacles.
En outre, ces températures sont de plus en plus rigoureuses en remontant vers le nord : conséquence de l’influence continentale plus marquée, les gelées se font plus fréquentes, les tempêtes de neige et les congères se multiplient. Région traditionnelle d’élevage du mouton dont la sobriété s’accommode de la pauvreté de la végétation, les causses offrent un paysage de pacages, landes et boisements lâches montagnards. Les champs cultivés sont cantonnés dans les dolines ou les ouvalas. Ailleurs les sols squelettiques sont recouverts d’une pelouse xérophile.

En fait sous l’apparente homogénéité de ces régions due à la nature calcaire du sous-sol, au modelé karstique, à la perméabilité et à la sécheresse de la plupart des sols, se cachent des milieux très variés. La situation géographique, les différences d’altitude (on passe de 600 m environ au sud du Larzac à plus de 1000 m sur le Causse Noir), la topographie (orientation des canyons : opposition ubac-adret) offrent à la végétation naturelle une vaste palette de conditions écologiques. Si l’on y joint les variations lithologiques (calcaires lités se décomposant en plaquettes, dolomies donnant des arènes et des escarpements ruiniformes, calcaires massifs formant les corniches, calcaires marneux des talus inclinés) et climatiques on conçoit mieux l’intérêt de subdiviser cet ensemble. Il fallait toutefois rester dans les limites du raisonnable et nous nous en sommes tenus à la distinction géographique évoquée dans la présentation entre les causses septentrionaux (Causse Noir, Causse Bégon) et les causses méridionaux (Causse de Blandas, Causse de Campestre-et-Luc).

 

 

 

Le Causse noir (District 1)   

                                                     carte_district_1

Superficie : 100 km² En bleu : les Causses avec le Causse noir en bleu foncé

Communes : Causse-Begon, Lanuéjols, Revens.

 Paysage de Far-West, c’est ici le pays des moutons, la pampa française, le plateau à l’infini, le causse quoi !

Situé au nord des montagnes cristallines du Lingas et du Saint-Guiral, ce district est voisin de l’Aveyron. Il englobe la partie gardoise du Causse Noir (appelé aussi Causse de Lanuéjols) et son annexe le Causse Bégon qui s’allonge au sud entre la Dourbie qui sert de limite départementale et son affluent le Trévezel.

Ces tables calcaires légèrement inclinées d’est en ouest sont très élevées : l’altitude est comprise entre 800 et 1100 mètres, (1 181 mètres à la cime des Commandeurs). La dolomie y prédomine et forme de beaux chaos de reliefs ruiniformes. Ces calcaires massifs dolomitisés forment aussi les corniches caussenardes qui surplombent de plusieurs centaines de mètres de belles gorges profondément encaissées où coulent vers l’océan Atlantique les deux rivières précédemment citées.

Outre ces deux rivières allogènes, la Garène (très souvent à sec) seule à prendre sa source sur le causse l’entaille très rapidement d’un vallon bordé d’une ripisylve, formation arborée rare en un tel lieu !
Les lavognes sont rares : deux seulement ont été recensées.

Protégé par la barrière du Lingas des pluies méditerranéennes, ce district ne reçoit annuellement que 800 à 1000 mm de précipitations. La sécheresse estivale (moins d’un mois) reste présente surtout dans les vallées encaissées : à Trèves le climat de type méditerranéen est encore bien représenté avec un maximum de pluies en automne. Par contre les plateaux connaissent des températures rigoureuses dont la moyenne annuelle est comprise entre 7° et 9°. L’influence montagnarde est nette (tempêtes de neige, chute des premières neiges aux environ du 10 octobre, gelées persistantes et prés de 70 jours avec des températures inférieures à 0°) et la dégradation continentale réelle : à Lanuéjols, les précipitations hivernales sont inférieures à celles de l’été.

Sur ces plateaux battus par les vents violents, l’action conjuguée de la sécheresse estivale et du froid hivernal se traduit par un mélange d’espèces montagnardes et méditerrannéo-montagnardes constituant la série mixte du Pin sylvestre et du Chêne pubescent largement majoritaire dans les boisements lâches montagnards troués de landes. Cependant globalement ces bois sont rares et c’est la pelouse rase (ultime stade de la dégradation par l’homme) piquetée d’arbustes (genévriers, buis, églantiers…) et de plantes épineuses qui représente plus de 40% de la superficie. Fréquentes mais peu étendues, les pinèdes sont pures ou en taillis. C’est le Pin noir qui domine (d’où le nom du causse) mais le pin sylvestre est partout en progression jouant de plus en plus un rôle essentiel dans les boisements : il s’installe très facilement et spontanément sur les sols dégradés.
Dans les vallées encaissées le Chêne pubescent est présent sur les versants chauds et ensoleillés tandis que les versants nord plus frais sont colonisés par de jolis bois de Hêtre, même à une altitude relativement basse de 500 mètres.

Malgré la faible population agricole, plus de la moitié de la superficie (56 km²) est recensée en Surface Agricole Utilisée (S.A.U.). Les Surfaces Toujours en Herbe (S.T.H.) représentent les trois quarts de la S.A.U. et le solde, les Terres Labourables (T.L.), se partage entre les céréales avec près de 1400 ha, et les fourrages. Notons enfin l’accroissement du cheptel ovin entre les deux derniers recensements agricoles.

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Moutons                                                                             Lanuéjols                                                                                        Moutons sur les causses
(Photos Daniel Bizet)
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Trèves
Trèves en amont (Photo Daniel Bizet)

 

 

Le Causse de Blandas (District 2)

Superficie : 175 km²                       carte_district_2

                                            En bleu : les Causses avec le Causse de Blandas en bleu foncé

Communes : Blandas, Campestre-et-Luc, Montdardier, Rogues, Vissec.

A pied, à cheval en voiture ou à vélo, pas un étranger ne peut rester insensible à ce site prestigieux. Ce n’est pourtant pas le gigantesque canyon du Colorado, mais notre cirque de Navacelles resplendit d’un même éclat.

Ce district est situé dans la partie méridionale des Grands Causses au sud du Massif Central et des Cévennes et au nord des garrigues de l’Hérault. Il comprend une infime partie du Causse du Larzac, ses deux satellites les Causses de Blandas et de Campestre-et-Luc et la partie de la Séranne qui est gardoise.

Moins haut que le Causse Noir, il s’élève entre 650 et 700 m environ. La monotonie générale du paysage n’est interrompue que par de nombreuses collines qui se relèvent du sud au nord : le mont Redon culmine à 911 m sur le Campestre et le serre de Goutèze à 955 m sur le Blandas. Elles forment une barrière, limite nord du district, qui surplombe de près de 500 m le Vigan et la vallée de l’Arre.

A l’ouest et au sud, la Vis et son affluent la Virenque entaillent les causses de canyons remarquables, profonds de près de 300 m tandis que l’escarpement de Rogues limite à l’est ce district.

Avec seulement trois cours d’eau, Vis, Virenque et Airoles, le réseau hydrographique est aussi restreint que celui du Causse Noir. Mais à l’inverse de ce dernier, il s’écoule vers la Méditerranée. Il fait partie du bassin versant de l’Hérault dont la Vis avec ses 50 km est le plus long affluent. Cependant ce réseau présente deux aspects bien différents :
– en amont, le tracé est rectiligne, fortement dénivelé (13%), d’orientation nord-sud et les rivières sont presque toujours à sec,
– en aval, le tracé s’oriente nord-ouest/sud-est. Il est plus sinueux et son profil de thalweg est plus faible (7%). Dans cette seconde partie du cours, les rivières sont toujours temporaires. Le relief karstique très développé ne favorise pas un écoulement pérenne. La Vis ne naît véritablement qu’à la résurgence de la Foux, en amont du méandre abandonné du cirque de Navacelles. Cette résurgence, est la plus importante de tous les causses (2m3/s), car elle restitue les pertes des eaux infiltrées dans les karsts des causses limitrophes ainsi que celles des trois rivières précédemment citées.

Les lavognes sont nombreuses (entre 20 et 25) et la plus grande, celle de Blandas, atteint près de 300 ares.
Les précipitations élevées (entre 1200 et 1500 mm) sont dues aux nuages méditerranéens poussés par le « marin », le vent du sud-est, sur les premiers reliefs qu’ils rencontrent. Malgré leur importance, le régime climatique reste méditerranéen et la sécheresse estivale est nettement marquée (environ un mois). Le district est compris entre les isothermes de juillet 18° et 19° et la température moyenne annuelle varie de 7° à l’ouest à 12° à l’est. Si l’influence continentale perceptible sur le Causse Noir est totalement absente ici, l’influence montagnarde reste encore très sensible : près de 50 jours avec des températures inférieures à 0°. La date moyenne de la première neige est d’un mois plus tardive : aux alentours du 10 novembre.

Dans un paysage de landes, de pelouses et de boisements lâches montagnards où le buis est omniprésent, l’essence presque exclusive est le chêne pubescent. Dans les vallées profondes il est surtout présent sous forme de taillis.
Dans ces gorges l’opposition adret-ubac offre de belles particularités :
– présence sur le versant ubac, froid et humide, d’îlots de hêtre,
– sur le versant adret, là où les conditions écologiques sont plus clémentes (exposition abritée et relativement sèche) on note quelques stations isolées de chêne vert.

Sur le plan agricole, les S.T.H. s’accroissent et représentent plus de 90% de la S.A.U. Avec seulement 700 ha, la moitié de celles du Causse Noir, le recul des T.L. est essentiellement dû à la quasi-disparition des céréales sur le Causse de Blandas et sur Ie Causse de Campestre-et-Luc où 100 ha seulement ont été recensés.

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Causse de Campestre                                         Lavogne
Le Causse de Campestre                                  Lavogne sur le Causse de Campestre
(Photos Emeric Sulmont)

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